Année 2007

Le prix Barbara Kanner (USA) attribué au Guide des sources de l’histoire du féminisme

 
Susannah Baxendale, « Le prix Barbara Kanner pour le Guide des sources (1) »
Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 12, été 2007

Réalisé à l’initiative de l’association Archives du féminisme, le Guide des sources publié en 2006 aux Presses universitaires de Rennes a reçu le Barbara Kanner Prize décerné par la Western Association of Women Historians (www.wawh.org), qui se réunissait le 3 au 6 mai 2007 à l’Université de San Diego en Californie.

Allocution de Susannah Baxendale

Je suis Susannah Baxendale. J’aimerais remercier les autres membres du comité Kanner, et d’abord ceux qui ne peuvent être présents ce soir, pour leur travail et leur soutien cette année : le Docteur Shirley Yee de l’Etat de Washington et notre Présidente le Docteur MariaElena Raymond. Le Comité aimerait remercier Amy Essington et Karen Offen pour leur soutien et leurs conseils. Nous sommes également ravies d’avoir aujourd’hui parmi nous la fondatrice du prix, Penny Kanner.

La distinction Barbara Penny Kanner récompense des travaux remarquables dans deux domaines : 1) des guides universitaires bibliographiques et historiques destinés à la recherche dans le domaine de l’histoire des femmes et/ou du genre 2) des études d’écrits autobiographiques sur les femmes et/ou sur l’histoire du genre. Ces deux axes de recherche sont l’objet d’une distinction alternativement une année sur deux et cette année, c’est le guide pour la recherche qui fait l’objet d’une récompense. Nous sommes heureuses de constater que le nombre de candidatures au prix Kanner augmente chaque année, notamment venant d’autres pays. Le mérite de notre lauréate de ce soir est d’avoir gagné à l’issue d’une vraie compétition (car le Comité n’avait pas procédé à la remise d’une récompense pour un guide de recherche depuis plusieurs années). Mais maintenant, c’est pour moi un grand plaisir que d’annoncer que le gagnant du Prix Barbara Penny Kanner est le Guide des sources de l’histoire du féminisme sous la direction de Christine Bard, professeure à l’Université d’Angers, et de ses collaboratrices Annie Metz et Valérie Neveu. Pour nous, le Guide des Sources de l’histoire du féminisme est vraiment l’exemple type d’une œuvre qui rentre tout à fait dans la catégorie digne de gagner un prix. Le Comité a été impressionné par le souffle, la profondeur et l’utilité de cet ouvrage. La grande valeur du Guide des Sources de l’histoire du féminisme réside dans le fait qu’il répertorie non seulement les collections disséminées dans les archives publiques nationales et régionales en France, mais aussi dans un impressionnant nombre d’archives privées. Les essais en introduction fournissent la matrice qui apporte d’importantes solutions théoriques telles que féminisme s’opposant au concept de « féminité », et comment ceci aurait une influence sur des fonds et leur organisation interne. Des exemples pratiques sont exposés : par exemple, comment les caractéristiques des archives publiques ont une influence sur l’organisation des collections de source internes et pourquoi il est si difficile de dépister des thèses non publiées. La liste des archives elles-mêmes est bien conçue et bien exposée, avec toutes les informations pratiques utiles sur les lieux, heures, sur la manière d’y avoir accès, les pistes de recherche des sources etc. Les éditrices font une biographie succincte de la personne ou du groupe qui a constitué ses archives privées, ainsi qu’un aperçu de la taille et de la nature de la collection (est-ce une boite ou deux ou bien une bibliothèque entière). C’est véritablement une ressource de valeur pour des historiennes du féminisme et pour des historiennes spécialistes de telle ou telle femme ou groupe. Cet ouvrage sera également de belle utilité pour des historiens dans d’autres domaines (histoire du travail, histoire des idées, histoire politique pour n’en citer que quelques uns) puisque les féministes étaient des femmes engagées et des penseuses qui vivaient et oeuvraient dans le monde varié des différentes idées, mouvements et domaines d’activité. La professeure Bard ne pouvant assister à cette Conférence, Karen Offen et Helen Chenut, toutes deux correspondantes de l’équipe dirigeante d’Archives du Féminisme, vont nous dire quelques mots de sa part.

Réponse de Christine Bard, Annie Metz et Valérie Neveu

 

Le prix Barbara Kanner pour le Guide des sources (2)
Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 12, été 2007

Chères amies,

Ne pouvant avoir le grand plaisir d’être parmi vous aujourd’hui, nous remercions vivement Karen Offen et Helen Chenut d’avoir la gentillesse d’être nos messagères auprès de vous. Elles vous diront avec quel plaisir, et quelle fierté, nous avons appris que notre Guide des sources de l’histoire du féminisme avait été récompensé par le Barbara Kanner Prize pour cette année 2007. Nous tenons à vous exprimer nos remerciements les plus sincères et les plus chaleureux pour cette récompense, au nom de toutes celles qui ont participé à l’élaboration du guide, au sein de l’association Archives du féminisme, qui en a été le maître d’œuvre. Tout d’abord, nous devons vous dire que nous sommes particulièrement touchées de voir que votre association a décerné ce prix à un ouvrage paru en France, relatif aux archives du féminisme français. Vous confirmez ainsi tout l’intérêt que vous êtes nombreuses dans votre pays, et particulièrement dans votre association, à porter au féminisme français, et cela depuis plusieurs décennies maintenant. Vous avez même été, et continuez à être, des pionnières dans ce domaine, vous intéressant, souvent avant les Français(e)s, à de grandes figures du féminisme de notre pays. Celles d’entre vous qui connaissent bien la France, ses bibliothèques et ses centres d’archives sont sans doute bien placées pour savoir que la recherche des sources sur le féminisme dans notre pays relevait jusqu’à ce jour d’un parcours souvent semé d’embûches.

Contrairement à de nombreux autres pays, il n’existait en effet aucun guide sur le sujet, si ce n’est un ouvrage édité il y a plus de 20 ans sur la période 1919-1940. Un vaste chantier s’ouvrait donc à nous, lorsque le projet fut lancé au sein de notre association Archives du féminisme, association fondée en 2000. Les quelques années de travail qu’a nécessitées ce guide n’ont pas été exemptes de difficultés, de questionnements sur nos méthodes, de doutes, de déceptions parfois devant l’absence ou les lacunes des réponses reçues à nos demandes réitérées auprès des organismes sollicités. La définition même du terme « féminisme » a été l’objet de nombreuses discussions entre nous ; nous avons finalement voulu l’entendre au sens large du terme, afin de prendre en compte non seulement le mouvement féministe, ses militantes, ses associations, ses publications, mais aussi toutes les formes de l’émancipation des femmes, dans les domaines politique, culturel, associatif, professionnel, syndical. Nous avons souhaité cette acception large, car l’objectif de ce guide, c’est bien sûr d’être un outil au service des historiens, des chercheurs, des étudiants et de tout public intéressé par le domaine, et pas uniquement des spécialistes très « pointus ». L’un de nos soucis a été de multiplier les notices explicatives et de faire une présentation très claire, afin de rendre moins opaques les cadres de classement des bibliothèques et des archives, et jouer ainsi pleinement notre rôle de médiatrices entre lecteurs et collections ; nous espérons que cela est perceptible aussi pour nos lecteurs étrangers. Nous nous sommes parfois demandé si, à l’heure d’Internet, il était bien raisonnable d’éditer un guide papier. L’attribution du Barbara Kanner Prize est la preuve que finalement une édition papier garde toute sa place et sa valeur : la réunion des informations dans un seul volume maniable, toujours à portée de main, la valeur ajoutée des notices, le contrôle des informations, dont beaucoup ne sont pas disponibles en ligne, la réalisation de plusieurs index synthétiques, fournissent un bien meilleur point d’accès aux collections qu’une recherche libre sur le web. Mais nous ne voulons pas abuser de votre patience par de trop longues considérations ; nous terminerons en vous redisant combien nous nous réjouissons de la reconnaissance officielle apportée par cette récompense à notre travail. Cependant, toute fausse modestie mise à part, nous sommes conscientes que ce guide ne prétend pas à l’exhaustivité, malgré tous les efforts que nous avons déployés. Il faudra poursuivre l’enquête, en allant voir de plus près certaines collections, en nouant des contacts plus étroits avec des associations, toujours détentrices de leurs archives, en étendant nos recherches à des fonds situés à l’étranger. Le prix que vous nous avez décerné aujourd’hui est un formidable encouragement pour notre association, encore bien jeune, à poursuivre les objectifs qu’elle s’est fixés, au service de l’histoire du féminisme et de toutes celles et de tous ceux qui oeuvrent chaque jour à mieux la faire connaître. De tout cœur, nous vous en remercions. Nous vous adressons aussi nos souhaits les plus chaleureux pour l’heureuse poursuite de votre conférence, et nos saluts les plus amicaux.