Avrane (C.), Le fonds Gertrude Tuckwell à Londres

Pour ceux et celles qui s’intéressent au mouvement ouvrier féminin en Angleterre…

Cette notice a été rédigée avec l’article de Jenny Morris, The Gertrude Tuckwell Collection, Historic Review, 1978, la notice de la Metropolitan London University et son site web.

La bibliothèque de la « London Metropolitan University » contient un fonds spécial rassemblant des documents sur le mouvement ouvrier, le Trades Union Congress ou TUC. Ce fonds s’est enrichi il y a longtemps déjà, d’une donation qui intéresse particulièrement l’histoire des femmes : le fonds Gertrude Tuckwell.

Née en 1861 et morte en 1951, Gertrude Tuckwell s’est consacrée pendant une partie de sa vie à la lutte des femmes ouvrières. De 1890 à 1920, elle rassemble tout ce qu’elle trouve sur le mouvement ouvrier féminin et en particulier, une énorme collection de coupures de journaux (un peu comme celle de Marguerite Durand mais plus spécialisée).

Composée de 700 classeurs à l’origine, cette collection a été donnée à la bibliothèque des TUC et consultée sans précautions pendant des années. Devant l’état de la collection, en particulier des précieuses coupures de journaux, elle a été récemment microfilmée et classée. Le catalogue est consultable sur Internet.

Gertrude Tuckwell est née à Oxford où elle a étudié pour devenir enseignante comme son père mais en 1885 elle va à Londres et devient la secrétaire d’Emily Dilke, sa tante, qui est suffragette et syndicaliste. Elle s’intéresse alors à la politique et devient membre du Parti Travailliste et membre actif des syndicats et des campagnes pour le suffrage des femmes. En 1891, elle est secrétaire de la Womens’ Trade Union League, WTUL (Ligue des syndicats féminins). Elle en devient présidente en 1905 et depuis le début, elle édite le journal de la ligue, « Women’s Trade Union Review » (La revue des femmes syndicalistes). En 1906 Mary Macarthur se rapproche des syndicats d’ouvriers sans qualification en fondant la National Federation of Women Workers, NFWW (Fédération Nationale des travailleuses), dont Gertrude devient également la présidente. Elle est active dans les deux organisations jusqu’en 1918 et se retire effectivement en 1921.

Gertrude Tuckwell a été une des premières femmes juge de paix et a siégé dans la Commission Royale pour l’assurance maladie. Elle a appartenu au Association internationale pour la législation ouvrière. Elle a été secrétaire du « Christian Socialist Union Research Committee » (Comité de Recherche de L’Union Socialiste Chrétienne).

La constitution du Fonds a commencé en 1922 par une première donation quand la WTUL est devenue un groupe de femmes travailleuses à l’intérieur du Trades Union Congress. Le reste est entré dans les années 1950.

Cette collection est d’un grand intérêt. Outre les coupures de journaux sur tous les mouvements féminins et grèves à travers la Grande-Bretagne et ses journaux locaux, elle contient des documents sur la législation ouvrière en Angleterre, des rapports officiels, des brochures précédents les textes de lois, eux aussi présents. Elle contient en particulier tous les textes de lois concernant le Sweating-System qui fit l’objet de nombreuses enquêtes dans la quinzaine d’années précédant l’adoption d’une loi en 1909. La collection comprend également des documents manuscrits, correspondance et carnets de Gertrude Tuckwell et une documentation sur les droits politiques et campagnes pour le suffrage et l’amélioration des conditions de santé des ouvrières.

Contrairement à la Bibliothèque des Femmes, l’accès à la Bibliothèque de l’Université Métropolitaine de Londres est réglementé. Les Fonds des TUC sont conservés dans une section spéciale et il faut prendre rendez-vous à l’avance car le lieu de consultation est très petit et la collection est fragile. L’accueil est chaleureux et la conservatrice, Christine Coates, est l’auteure d’un mémoire sur la grève des fabricants de chaînes de Cradley Heath, en 1910, célèbre grève qui permit aux Anglais de prendre conscience de la vie difficile des travailleurs les moins payés.

En dehors de ce fonds, la bibliothèque des TUC contient aussi de la documentation sur les mouvements syndicaux féminins, de 1870 à nos jours.

Accès au répertoire à partir du site des TUC : http://opac.unl.ac.uk , puis > Using the TUC Library collections >> Archives >>> The G. Tuckwell Papers.
Adresse de la bibliothèque :
TUC Library Collections
London Metropolitan University-North London Campus
Learning Centre,
236-250 Holloway Road, London N7 6PP
Tél : 020 7133 2260
Email : tuclib(arobase)londonmet.ac.uk
La bibliothèque est juste en face de la sortie du métro « Holloway Road » sur la ligne Piccadily. La bibliothèque est ouverte du lundi au vendredi, de 9h45 à 16h 45.

Colette Avrane. Avril 2004. Article inédit.