Jacquemart (A.), Ecrire l’histoire du MLAC : les ressources inédites de la BDIC

Fondé en 1973 par des militantes féministes et des médecins politisés à l’extrême gauche, le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception (MLAC) [1] est largement connu pour avoir pratiqué des avortements illégaux et symbolise ainsi la lutte pour l’avortement libre et gratuit dans les années 1970. Pourtant l’histoire du MLAC demeure relativement méconnue et peu étudiée [2]. Ainsi, les documents d’archives sur le MLAC disponibles à la BDIC se révèlent d’une importance majeure pour appréhender l’histoire de ce mouvement politique de premier plan. Ces documents sont un riche complément à ceux contenus dans les fonds d’archives de la CFDT [3], contenant principalement des informations sur les structures nationales et les tensions qui les traversaient, et du CAF d’Angers [4], constitués également de documents sur les structures nationales et de documents postérieurs à 1975. En effet, les différents dossiers de la BDIC renferment de précieux documents sur différents groupes locaux, relativement autonomes par rapport à la structure nationale. Ils permettent alors de comprendre les contextes d’émergence des groupes, leur fonctionnement, mais également les tensions qui les traversent.

 Le « Dossier France, MLAC, 1973-1974 » (F Delta 532) offre ainsi à découvrir les histoires, retracées par les militant-e-s, de groupes tels que celui de Renault-Billancourt, de la CIT-Alcatel à Arcueil ou de Colombes. L’apport majeur de ces documents est de souligner la spécificité de chacun des groupes sur des sujets tels que le rapport avec les partis politiques et les syndicats ou la mixité. En outre, deux textes contenus dans ce dossier, les brochures intitulées Git-le-cœur et Gis-la-Canule et Ta ta ta, le GIS casse les prix, rendent compte des tensions au niveau local entre les militantes féministes et les médecins du Groupe information santé (GIS), militants d’extrême gauche engagés dès le début au MLAC et possédant la maîtrise de la méthode Karman.

De même, le fonds d’archives déposé par Alain Landau, militant de la Gauche prolétarienne et du MLAC du 14e arrondissement (F Delta Res 576/5/12/1-2), contient des documents inédits. Ainsi, le bulletin de liaison entre différents groupes de la région parisienne, Avortement et vie quotidienne, diffusé entre novembre 1973 et juin 1974 (soit 29 bulletins), constitue une source d’information extrêmement riche et unique. On peut y voir notamment la manière dont naissent les conflits entre les médecins et les militantes féministes, les secondes accusant les premiers d’exercer leur pouvoir découlant de leur savoir technique pour les maintenir en position subalterne. Enfin, ce bulletin met en lumière les différentes activités qui ont rythmé la vie des groupes : la pratique de l’avortement, certes, mais aussi le travail d’information, les actions de solidarité, la pression mise sur les hôpitaux pour qu’ils acceptent de pratiquer des avortements ou les débats internes sur la répartition des tâches, le pouvoir médical ou la stratégie politique [5].

Alban Jacquemart, « Écrire l’histoire du MLAC : les ressources inédites de la BDIC ».
Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 18, décembre 2010.
Intervention d’Alban Jacquemart à la journée d’étude organisée par la BDIC, le 10 mai 2010, pour présenter les archives du mouvement de libération des femmes conservées à la BDIC. Il a soutenu sa thèse de sociologie en 2011 : « Les hommes dans les mouvements féministes français (1870-2010). Sociologie d’un engagement improbable ».

 

Notes

[1] Il s’agit du nom utilisé dans la pratique. Le nom officiellement déposé à la Préfecture est « Mouvement pour l’abrogation des restrictions à la liberté de l’avortement et de la contraception » (MLAC, Statuts, Archives CFDT, 8H625).

[2] Parmi les rares travaux, voir Michelle Zancarini-Fournel, « Histoire(s) du MLAC », Clio, n° 18, 2003, p. 125-132, et Bibia Pavard, « Genre et militantisme dans la Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception. Pratique des avortements (1973-1979) », Clio, n° 29, 2009, p. 79-96.

[3] Organisation qui a participé au MLAC. Les archives de la CFDT conservent des traces de cette participation principalement sous les cotes 8H625 et 8H1424.

[4] CAF, Fonds MLAC, 10AF.

[5] Sur ce fonds Alain Landau, voir également le Bulletin Archives du féminisme n° 14, septembre 2008, p. 8-10.