Pavillard (A.-M.), Les 40 ans du Mouvement de Libération des Femmes à la BDIC

« Des traces à rendre visibles. Une mémoire à retrouver ». C’est ainsi que le Bulletin Archives du féminisme, en 2008, a présenté l’appel du groupe « 40 ans du mouvement » invitant à célébrer en 2010, sous des formes multiples, les 40 ans du Mouvement de libération des femmes [1]. La BDIC a décidé de s’associer à cet « anniversaire » en consacrant un des Lundis de la BDIC [2] (10 mai 2010) à la présentation de toutes les archives qu’elle conserve sur ce mouvement. Des archives d’origines et de formes multiples, comme le mouvement lui-même.

Les archives de Liliane Kandel et de Françoise Picq

Ces militantes féministes « de la première heure » ont déposé ces archives à la BDIC en même temps que tous les tracts et documents du mouvement des années-68 qu’elles avaient conservés et qui font maintenant partie des archives « Mémoires de 68 ». Le carton « MLF » du fonds Liliane Kandel et le fonds Françoise Picq déposé sous forme de microfiches ne représentent  bien sûr qu’une toute petite partie de leurs archives personnelles, beaucoup d’autres sont toujours chez elles. Mais cela n’enlève rien à l’intérêt de ces deux fonds consultables à la BDIC.

On y trouve par exemple : les premiers numéros du Bulletin d’information du Mouvement de libération des femmes, d’avril et mai 1971 ; de nombreux tracts (appel du MLF à manifester, le 6 juin 1971, contre la fête des mères, Journées de dénonciation des crimes contre les femmes à la Mutualité les 13 et 14 mai 1972, préparation de la « Grrr…Rêve des femmes » des 8 et 9 juin 1974, tracts de différents groupes de lesbiennes, etc.) ; des articles destinés au Torchon brûle avec le prénom de l’auteure (articles publiés dans Le Torchon brûle sans aucune signature) ; ou encore des textes de débat dans le mouvement, par exemple lors de la création de la Ligue des droits des femmes en 1973.

Les archives du MLF à la BDIC ce sont aussi

♦ Des tracts des années 1971-1975 conservés précieusement à l’époque par des collègues de la BDIC et rassemblés dans des « Dossiers » : tracts signés « MLF » ou « Groupe femmes » de tel ou tel quartier, ou simplement « Des femmes du MLF » ; beaucoup de tracts également du MLAC national ou de groupes MLAC de quartier ou d’entreprises. Certains portent une annotation au crayon : « distribué à l’entrée de la fac de Nanterre tel jour », et parmi eux des tracts signés « MLF Nanterre » ou « MLAC Nanterre » ;

♦ ŸDes photos. Tout d’abord une centaine de tirages de Catherine Deudon, à la fois témoin et actrice directe de ce mouvement : nombreuses photos de manifestations, bien sûr (pour l’avortement libre et gratuit ou contre le viol, cortège d’Elles voient rouge, groupe de dissidentes communistes au sein du PCF en 1978, … ) ; mais aussi des photos de ces ouvrières de la bonneterie de Troyes en grève en 1971, que Catherine, avec d’autres militantes féministes, était allée soutenir et filmer à l’entrée de leur usine [3]. À signaler également, dans le très important fonds de photos d’Elie Kagandéposé à la BDIC, quelques photos du mouvement des femmes : la manifestation du MLF contre la fête des mères, le 6 juin 1971, celle du groupe des Pétroleuses à Paris en 1974, ou encore un de ces (nombreux) cars qui emmenaient des femmes avorter aux Pays-Bas avant le vote de la loi Veil ;

♦ ŸDes affiches de groupes femmes de quartier, réalisées par le Front des artistes plasticiens, groupe d’artistes né en 1971 : par exemple les affiches du groupe Femmes en lutte du 13e arrondissement appelant à des permanences le samedi matin dans un local de la Cité fleurie, boulevard Arago : « Regroupées les femmes peuvent lutter » ; ou l’affiche du MLAC 13e et des Pétroleuses 13e pour la permanence  « Divorce Solidarité » dans le même local de la Cité fleurie, le samedi après-midi ;

♦ ŸEt bien sûr un grand nombre des revues et bulletins féministes qui ont jailli de tous côtés dans ces années-là ; sans oublier diverses archives audiovisuelles, notamment des interviews récentes de militantes féministes des années 1970.

Et dans les archives de « Mémoires de 68 »

Retrouver cette mémoire du mouvement féministe des années 1970, c’est aussi partir à la recherche de ses traces dans les archives rassemblées à la BDIC par l’association Mémoires de 68 : on trouve par exemple, dans les archives du groupe Vive la révolution ! (VLR) plusieurs tracts concernant les « crèches sauvages » mises en place par les étudiantes et les personnels dans certaines universités, notamment à la fac de Censier ; ou, dans les archives de la Gauche prolétarienne (GP), les deux cartons « Avortement et MLAC » provenant d’un médecin militant du MLAC du 14e arrondissement de Paris (cf. l’article sur la BDIC dans le Bulletin Archives du féminisme n° 14, septembre 2008) ; ou encore, dans divers fonds, de nombreux documents sur des femmes en lutte dans leur entreprise.

On peut ainsi étudier par exemple sous différents angles cette grève des ouvrières de Troyes évoquée plus haut : il y a à ce sujet 2 textes dans les archives de Liliane Kandel, plus l’article publié dans Le Torchon brûle n° 1 (1971), mais aussi les articles publiés dans Tout !, le journal de VLR, et ceux publiés dans J’accuse !, le journal de la GP. Et, à travers tous ces articles, on retrouve les débats assez vifs à l’époque sur la question « lutte des femmes/lutte des classes ».

Anne-Marie Pavillard, « Les 40 ans du Mouvement de libération des femmes à la BDIC ».
Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 17, avril 2010.

 

Notes

[1] Bulletin Archives du féminisme, n° 15, décembre 2008.

[2] Les Lundis de la BDIC : cycle de conférences, à raison d’un lundi par mois, destiné à présenter les principales richesses de la BDIC. Sur cette journée d’étude, à laquelle participaient Liliane Kandel et Françoise Picq, voir aussi le Journal de la BDIC n° 26, mai 2010 .

[3] Cette rencontre a donné lieu à un petit film en noir et blanc, Grève de femmes à Troyes, réalisation collective féministe tournée en vidéo et consultable actuellement au Centre Simone de Beauvoir à Paris.