Pierre Simon (2008)

Par Christine Bard

C’est avec tristesse que nous avons appris le décès du Dr Pierre Simon (11 mai 2008), qui a donné en 2006-2007 une partie de ses archives déposées au Centre des archives du féminisme d’Angers. Pour ma part, une profonde tristesse car j’ai eu grand plaisir à le connaître – un peu – à l’occasion des ren­dez-vous « archives » chez lui, 120 Bd St-Germain. En entrant dans son vaste appartement, je franchissais le seuil d’un lieu de mémoire et j’étais accueillie avec la plus grande gentillesse par un homme charmeur et drôle, heureux de confier des souvenirs mais aussi de parler du pré­sent, malicieux dans les commentaires des traces de sa vie, photos, lettres, ar­chives, objets… Malgré toute mon insistance, un tri sévère (trop sévère) fut fait, en amont de son don à l’association. Je découvris à la fois la personne, attachante, et le person­nage, presque théâtral. Pierre Simon fit d’ailleurs du théâtre lorsqu’il se retrouva, adolescent – il naquit à Metz en 1925 – li­vré à lui-même et en danger parce que juif. À la Libération, il fréquenta le mime Marceau. Mais finalement il choisit le soin, la médecine, au plus près de la vie, avec la carrière de gynécologue-obstétricien et chemina de l’accouchement sans douleur à la contraception, l’IVG, jusqu’au droit de mourir dans la dignité, sans oublier la sexologie et le fameux rapport, portant son nom, sur la sexualité des Français. L’anniversaire du Planning familial, en 2006, en permettant de renouer les fils d’une histoire interne déchirée dans les années 1970 entre la génération des fon­dateurs et une nouvelle génération issue de 68, aura permis que Pierre Simon trouve sa place dans le récit de « l’histoire des femmes », lui qui ne se di­sait pas féministe, et qui a pourtant contribué à des avancées majeures pour les droits des femmes. Le MFPF a d’ailleurs fait un communiqué de presse à l’occasion de son décès, rappelant qu’il fut le fondateur et l’animateur pendant une dizaine d’années décisive du Collège des médecins du Planning, jusqu’à son entrée au cabinet du ministère de la Santé. Sur le féminisme, surtout sur le féminisme « des années 70 », son juge­ment était sévère.

Pourtant, il était sans réserve pour « le droit des femmes à disposer de leur corps », formule que nous avons retenue pour le faire-part que nous avons publié dans Le Monde (18-19 mai 2008), avec ce texte simple : « Archives du féminisme salue la mé­moire du Dr Pierre Simon (1925-2008) pour son combat en faveur du droit des femmes à disposer de leur corps ».

Pierre Simon a vécu courageusement avec le cancer ses dernières années sans perdre le goût des autres, et en continuant à s’intéresser à toutes sortes de choses.

Il est mort le 11 mai et a été enterré dans l’intimité familiale. Deux cé­rémonies ont eu lieu pour lui rendre hommage : le 1er juin, à la Grande Loge de France, à laquelle il était extrêmement attaché (où seront consultables ses ar­chives maçonniques), puis au ministère de la Santé, le 11 juin, en présence de Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative, de Perrine Simon-Nahum, historienne et fille de Pierre Simon, Léon Nisand, René Frydman, Valéry Giscard d’Estaing… Un Prix Pierre Simon « Ethique et santé » a été créé, ainsi qu’une association qui veut contribuer au rayonnement de sa pensée.. D’autres hommages auront certainement lieu. On retrouve Pierre Simon dans plusieurs films et enregistrements audiovisuels, et on peut recommander la lecture de De la vie avant toute chose, récit autobiogra­phique très réussi (Mazarine, 1979) et de son témoignage dans Le Planning familial. Histoire et mémoire 1956-2006 (Presses universitaires de Rennes, 2006).
Les archives réunies à Angers ont été classées par Pauline Caillaud fin 2007 : l’inventaire est accessible sur le site de la BU d’Angers et les archives sont à la disposition des chercheurs22. On peut en apprendre davantage en lisant l’article de Pauline Caillaud : « Gynécologie et planning familial : le fonds Pierre Simon » dans la revue ProChoix, n° 44, juin 2008, n° 44, pp. 65-74.

Extrait du Bulletin d’Archives du féminisme, n° 14, 2008.