Communication : M. Branland, (…) corps féminin dans les gravures (…)

Une Semaine européenne sur l’histoire des femmes et des identités de genre à l’époque moderne et européenne s’est tenue à l’université Paris X Nanterre du 22 au 27 septembre 2008, réunissant chercheurs confirmés et doctorants de différentes nationalités. La troisième journée, consacrée plus spécifiquement à la Première Guerre mondiale, a permis de réinterroger la question des rapports de « genre » en temps de conflit.

Nous avons retenu l’intervention de Marine Branland, doctorante en histoire de l’art à Paris-X Nanterre : « Les représentations du corps féminin dans les gravures de la Grande Guerre en France et en Allemagne », car son étude a porté, pour ce qui concerne la France, sur l’important fonds d’estampes relatives au premier conflit mondiale conservé au Musée d’histoire contemporaine de la BDIC [1] (et, pour l’Allemagne, sur les fonds de deux musées de Berlin : Deutsches historisches Museum et Akademie der Künste).

À partir d’un diaporama présentant une vingtaine de reproductions d’estampes de ces musées, Marine Branland a montré comment, dans les deux pays, les figures féminines ont été « convoquées dans l’imagerie de la Grande Guerre comme des actrices de la mobilisation » sur « l’autre front », le front arrière, et ce aussi bien par des artistes, des caricaturistes et des propagandistes : « ces estampes n’ont pas pour objectif d’illustrer les réalités du quotidien des femmes, elles visent surtout à les mettre au service de la guerre » et laissent apparaître de manière évidente « l’instrumentalisation du corps féminin ».

Marine Branland a ainsi présenté successivement à l’écran des gravures venant rappeler aux femmes que leur principal devoir restait celui de la maternité (« l’objectif de cette propagande était aussi de préparer l’armée de demain »), d’autres dans lesquelles « la femme retrouve sa fonction ancestrale d’allégorie », comme cette Marianne (identifiable à la cocarde) accueillant les réfugiés des territoires occupés du nord de la France et de Belgique dans la lithographie de Steinlen, Le Secours national ; d’autres encore qui laissent la place à des figures féminines « ordinaires » dans le rôle de « “victimes” de la culture barbare » (notamment les viols de femmes dans les territoires occupés) : « Le message idéologique supplante l’expression de l’outrage. Le corps féminin intervient comme un indice de la barbarie ennemie, au même titre que la représentation des ruines ».

D’autres artistes se sont surtout attachés à la représentation du deuil : le recours à l’iconographie biblique (Pietà, Stabat Mater), en France comme en Allemagne, « offre aux artistes la possibilité d’exprimer les souffrances endurées par les soldats et celles des mères qui ont fait le sacrifice de leur enfant ».

Autre type de gravures encore, celles dans lesquelles le corps féminin est « détourné et manipulé dans ses formes pour dénoncer les menaces du temps de guerre » : ainsi Abel Truchet, dans son estampe Féminisme, masculinise la figure féminine « pour dénoncer, sur un mode humoristique, l’élan d’émancipation des femmes au cours de la guerre » (la légende indique : « Nous maintenant, c’est comme si qu’on s’rait des hommes ! »).

En conclusion, Marine Branland a montré comment la propagande allemande fit elle aussi usage du corps féminin pour « mobiliser, critiquer l’ennemi et attiser les haines ». Mais, si les artistes français « ne se sont pas risqués à formuler une critique explicite de la guerre », en Allemagne quelques artistes, telle Sella Hasse, « ont livré des images critiques voire contestataires de la guerre ». Autre différence entre les deux pays : « En France, peu d’images ont pour auteur des artistes femmes. En Allemagne quelques artistes femmes, aujourd’hui reconnues ou en voie de reconnaissance, ont produit des œuvres relatives à la guerre et ce notamment dans l’après-guerre ».

 A la suite de ce brillant exposé, la BDIC a sollicité Marine Branland pour présenter son étude sur les fonds du Musée d’histoire contemporaine-BDIC dans le Journal de la BDIC :

Marine Branland, « Le corps féminin dans les gravures de la Grande Guerre », Journal de la BDIC, n° 22, janvier 2009, p. 6-7.

Marine Branland, « Les représentations du corps féminin dans les gravures de la Grande Guerre ». Compte-rendu par Anne-Marie Pavillard
Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 15, décembre 2008.

 

Note

Marine Branland a soutenu en 2007 un mémoire de master 2 : Les Représentations de la femme dans les gravures de la Première Guerre mondiale en France (1914-1918), sous la direction de Thierry Dufrêne et Annette Becker, 2007, Université Paris-X Nanterre.