Nous avons lu : Florence Rochefort et Éliane Viennot (dir.), L’Engagement des hommes pour l’égalité des sexes

Compte rendu de l’ouvrage de Florence Rochefort et d’Éliane Viennot (dir.), L’Engagement des hommes pour l’égalité des sexes (XIVe-XXIe s.), Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, collection L’École du genre, 2013, 272 pages.

Qu’on les nomme « Amis des femmes » ou « Pro-féministes », les hommes qui ont aidé les femmes à gagner leurs droits sont nombreux. Du Moyen-âge à nos jours, des hommes ont lutté pour l’émancipation des femmes et sont plus ou moins connus, mais la plupart sont bien oubliés. Le Colloque organisé par l’Institut Émilie du Châtelet en 2010 leur redonne leur place. Au fil des siècles, ils ont défendu une cause qui avait bien peu d’écho si ce n’est la moquerie dont ils étaient l’objet.

Dix-huit interventions reprennent des chemins individuels et collectifs au travers desquels le combat pour l’égalité des sexes devient un combat pour changer des sociétés profondément misogynes. Les thèmes se répondent d’un siècle à l’autre : les femmes ne sont pas intelligentes. Ne seraient-elles pas plutôt peu instruites ? Longtemps les femmes sont considérées comme des sorcières et méritent la mort si elles sont un tant soit peu instruites. Pourtant Comenius au XVIIe siècle est favorable à l’éducation des jeunes gens et jeunes filles. Son ouvrage le plus célèbre, publié en 1657, La Grande Didactique ou l’art universel de tout enseigner à tous, en fait un des premiers grands pédagogues. « Tous les enfants, nobles et roturiers, riches ou pauvres, garçons ou filles […] doivent être admis dans les écoles ; voilà ce dont il faut se convaincre ».

Mais il faudra encore plus de deux siècles pour que l’accès égal des filles à l’école devienne une loi en France.

D’autres auteurs, comme Poulain de la Barre, démontrent que l’homme et la femme sont égaux car ils peuvent l’un et l’autre réfléchir et devenir philosophes. Quant à la pratique de l’art, longtemps interdite aux femmes qui ne pouvaient étudier dans les académies réservées aux garçons, elle se répand lentement au XIXe siècle. Éduquée par son père, Rosa Bonheur devient une peintre célèbre alors qu’Augusta Holmès connaît la gloire pour ses compositions musicales à la même époque. Mais ces femmes artistes n’ont pas l’heur de plaire à tout le monde et les critiques brisent des carrières qu’ils avaient encensées à leurs débuts.

De la participation des femmes à la lutte contre l’esclavage au XIXe siècle à celle des hommes aux mouvements féministes belges, de l’implication des hommes dans le combat pour le droit à la contraception et à l’avortement en Grande-Bretagne et en France, on constate que les hommes favorables aux droits des femmes s’affirment de plus en plus. Pour que la loi sur la contraception soit votée en France, il faut des députés courageux comme Lucien Neuwirth qui ont osé parler au nom des femmes, car il y a peu de femmes à l’Assemblée nationale ; malgré les obstacles, la loi est votée en 1967.

Le livre présente ensuite une galerie de portraits d’hommes, de Charles de Villette, favorable au droit de vote des femmes à la fin du XVIIIe siècle, à Yves Guyot pourfendeur, entre autres, de la prostitution réglementée ou à Fernando Gabeira, militant de la gauche brésilienne : autant d’hommes courageux pour qui l’égalité des hommes et des femmes est une évidence.

Ce livre comble un manque grâce à de nombreux exemples qui s’étendent à l’Europe entière et au monde. Le combat des hommes féministes a joué un grand rôle dans l’émancipation des femmes.

 
Compte rendu réalisé par Colette Avrane.
Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 22, décembre 2014.