Nous avons lu : C. Avrane, Ouvrières à domicile

Par Michèle Ducker.

« Les femmes sont au cœur de ce livre et de la loi de 1915 », écrit l’auteure. Le 10 juillet 1915, le Parlement vote à l’unanimité une « Loi sur le salaire minimum des ouvrières à domicile dans l’industrie du vêtement ». Cette loi est à tous égards une première. En effet, c’est la première fois qu’est voté un salaire minimum, prémisse des futures conventions salariales. Les syndicats, inspecteurs du travail et patrons s’asseyant à la même table pour s’intéresser aux salaires des femmes parmi les plus pauvres, souvent isolées, et ne pouvant se défendre sous peine de perdre leur travail, catégorie jusqu’alors complètement oubliée du droit du travail naissant. Cela fut possible grâce à divers courants politiques, religieux, intellectuels, y compris maçonniques et féministes, qui œuvrèrent entre 1880 et 1914, et qui aboutirent à ce vote unanime.

L’auteure nous présente d’abord les travailleuses à domicile à la fin du XIXe siècle : lingères, dentellières, tresseuses de paille, polisseuses, brodeuses, et d’autres encore, nous décrit leurs conditions de vie et de travail, journées interminables, nuits courtes, salaire misérable, ne pouvant plus s’occuper ni de leurs enfants, ni de leur intérieur, affamées et se prostituant parfois pour « y arriver » ou tombant malades de la tuberculose. L’invention et l’utilisation des premières machines à coudre, contrairement à ce que l’on aurait pu penser, ne firent qu’aggraver ces conditions.

Puis Colette Avrane s’attache à montrer comment des chrétiens engagés dans la société de leur temps, des féministes du CNFF ou des journalistes de La Fronde poussant les ouvrières à se syndiquer, des francs-maçons et franc-maçonnes contribuèrent à la recherche d’une solution législative. Elle nous parle de la préparation de l’opinion publique, des débats animés à la Chambre des Députés. Elle retrace la chronologie de la préparation de la loi et de son vote le 10 juillet 1915, son contenu et son application de 1915 à 1941. Elle se pose la question de savoir si cette loi a vraiment été efficace pour augmenter les salaires de ces femmes et si « les quelques milliers d’ouvrières à domicile d’aujourd’hui ne sont pas toujours celles qu’on oublie ? ».

Ce livre passionnant, issu d’une thèse de doctorat, agrémenté de nombreuses photographies d’archives est, selon Michelle Perrot, « une contribution majeure à l’histoire du travail et à celle des ouvrières à domicile, les plus oubliées de toutes les femmes ».

Michèle Ducker
Membre d’Archives du Féminisme, en tant que représentante de la Commission d’Histoire et de Recherches Maçonniques de la GLFF

Colette Avrane a été interviewée durant une heure trente dans l’émission radiophonique Femme Libre sur Radio Libertaire (89.4) le 28.08.13 à 18h30.

A propos de : Ouvrières à domicile. Le combat pour un salaire minimum sous la Troisième République, de Colette Avrane, préface de Michelle Perrot, collection « Pour une histoire du travail », PUR, 2013.
Compte-rendu rédigé par Michèle Ducker. Extrait du Bulletin Archives du féminisme n° 21, décembre 2013.