Nous avons lu : Patricia Godard et Lydie Porée, Les femmes s’en vont en lutte !

Compte rendu de l’ouvrage de Patricia Godard et de Lydie Porée, Les femmes s’en vont en lutte ! Histoire et mémoire du féminisme à Rennes (1965-1985), Rennes, Goater, collection Mémoires immédiates, 2014, 235 p.

Sorti en février 2014, le livre Les femmes s’en vont en lutte ! Histoire et mémoire du féminisme à Rennes (1965-1985) répond à l’appel que l’historienne Françoise Picq avait lancé dans son livre Libération des femmes. Les années mouvement, paru en 1993 et réédité en 2011[1], en proposant une histoire des luttes féministes de la deuxième vague qui se sont déroulées à Rennes, capitale administrative de la Bretagne et ville aujourd’hui riche en initiatives féministes. Notre contribution veut enrichir une histoire des féminismes locaux en développement : des militantes et/ou des universitaires ont également écrit sur l’histoire des mobilisations pour les droits des femmes dans d’autres villes que Paris : Lyon[2], Angers[3], Dijon et Saint-Étienne[4], Toulouse[5], Grenoble[6]. Ces recherches, qui pour la plupart s’intéressent à un axe précis des mobilisations féministes (le MLF ou les mobilisations pour l’avortement libre, ou encore le féminisme tendance luttes de classe) permettent d’observer les similitudes et différences avec l’histoire nationale, et enrichissent considérablement l’analyse sur l’histoire des différentes composantes des mobilisations pour les droits des femmes. La Bretagne est un territoire où la question des mobilisations féministes de la deuxième vague a été jusqu’ici peu étudiée[7].

Des Rennaises et des Rennais ont participé activement aux conquêtes des droits des femmes qui ont marqué la période 1965-1985, à commencer par celle du droit des femmes à disposer de leur corps et à maîtriser leur fécondité. Ainsi, l’histoire du Planning familial d’Ille-et-Vilaine et celle des groupes Choisir-Rennes et MLAC-Rennes, tous trois acteurs majeurs du combat pour la libéralisation de la contraception et de l’avortement, sont présentées dans la première partie du livre, qui se clôt par le rappel des actions menées par le Collectif rennais pour l’avortement et la contraception en 1979, au moment de la mobilisation pour le vote définitif de la loi Veil.

Le livre aborde ensuite le thème de l’organisation des militantes féministes, sous forme de mouvement, que ce soit dans des groupes femmes ou des commissions femmes de partis politiques et de syndicats. L’histoire des groupes de lesbiennes n’est pas oubliée. Cette partie présente également deux conflits du travail très largement animés par des femmes, en pleine prise de conscience féministe : grève au supermarché Mammouth en 1975 et mobilisation des ouvrières de la SPLI (Société Parisienne de Lingerie Indémaillable) contre la fermeture de l’usine en 1978.

Enfin, la dernière partie du livre aborde la transformation du féminisme vers une forme d’institutionnalisation, plus précoce encore à Rennes que dans le reste de la France : à partir de la fin des années 1970 les féministes rennaises ont créé des associations, pour porter des projets très divers (bar féministe, crèches parentales), tandis que le Planning familial poursuivait son travail d’accompagnement des femmes au quotidien. À cette époque, sous l’impulsion de l’Union féminine civique et sociale et de l’Union des femmes françaises entre autres, émerge une structure qui, comme le Planning familial, fait toujours partie aujourd’hui du paysage associatif rennais : le Centre rennais d’information des femmes, préfiguration de l’actuel Centre d’information des droits des femmes et des familles.

À la fois travail de mémoire (recueil de témoignages d’ancien.ne.s militant.e.s) et d’histoire (dépouillement d’archives), ce livre se place dans une logique de transmission, indispensable à la poursuite du mouvement féministe. Il se veut accessible et utile au plus grand nombre : curieuses/x de l’histoire de Rennes, féministes d’hier, d’aujourd’hui et de demain, universitaires, chercheuses/rs.

Porteuse du projet de rédaction de l’ouvrage, l’association Histoire du féminisme à Rennes poursuit ses activités autour de deux axes principaux : la recherche et la transmission des connaissances.

Le livre (240 pages, nombreuses illustrations, 14 €) est disponible dans les librairies de Rennes, et sur commande dans les autres librairies aux Éditions Goater :

http://www.editions-goater.org/.

Pour en savoir plus sur l’association Histoire du féminisme à Rennes

http://histoire-feminisme-rennes.blogspot.fr/

histoire.feminisme.rennes@gmail.com

Notes

[1]              Françoise Picq, Libération des femmes. Quarante ans de mouvement, Paris, Dialogue, 2011, 529 p.

[2]              Centre lyonnais d’études féministes, Chroniques d’une passion. Le Mouvement de libération des femmes à Lyon, Paris, L’Harmattan, 1989, 272 p.

[3]              Élodie-Cécile Marrel, Mémoires et histoire des féminismes (Angers, 1965-1985), Paris, FEN-UNSA, 1999, 166 p.

[4]              Pauline Rameau, S’engager pour les droits des femmes. Approches genrées du féminisme de la deuxième vague : Dijon, Saint-Étienne, Mémoire de master 2 recherche, Mondes modernes et contemporains, Université de Bourgogne, 2010, 240 p. ; et, par la même auteure, « Pratiques illégales de l’avortement dans les années 68 à Dijon et Saint-Étienne », Vingtième siècle. Revue d’histoire, 2011/3 n° 111, p. 133-146.

[5]              Justine Zeller, Le féminisme tendance « lutte des classes » à Toulouse dans les années 1970, Mémoire de master 1 en histoire, Université de Toulouse, 2012.

[6]           Caroline More, Les débuts du Planning familial de Grenoble, 1961-1967, Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine, Grenoble, Université Pierre Mendès-France, 2000 ; Marion Blanc-Tailleur, Le Planning familial à travers l’exemple de Grenoble, de la loi Neuwirth à la loi Veil (1967-1975), Mémoire de maîtrise d’histoire contemporaine, Grenoble, Université Pierre Mendès-France, 2004 ; Collectif IVP, Avorter. Histoire des luttes et des conditions d’avortement des années 60 à aujourd’hui, Grenoble, Éditions Tahin Party, 2008, 132 p.

[7]              Le mémoire d’histoire de Laurianne Morla éclaire principalement l’histoire des mobilisations pour la liberté de procréer dans les Côtes d’Armor et le Finistère (La condition de la femme de 1970 à 1975 en France et en Bretagne : contraception, avortement, droit des femmes, Mémoire de master 1 en histoire, Université de Bretagne Occidentale, 2007) et celui de Virginie Chardron se concentre sur le positionnement du journal Ouest-France sur la loi Veil (La loi Veil vue par « Ouest-France », Mémoire de maîtrise d’histoire, Université de Rennes 2, 2002). Le mémoire de sociologie de Brigitte Millet s’intéresse lui aux carrières des militantes féministes brestoises (Brigitte Millet, Entre droits et émancipation : carrières de militantes féministes brestoises de 1961 à 2012, Mémoire de master 2 de sociologie, Université de Bretagne Occidentale, 2012, 130 p.)

Extrait du Bulletin Archives du féminisme n° 22, décembre 2014.