Thèse : les associations françaises de l’aide sociale spécialisée pendant et après la décolonisation de l’Algérie (1954-1979)

Compte rendu de la doctorante Élise Franklin sur une recherche en cours sur les associations françaises de l’aide sociale spécialisée pendant et après la décolonisation de l’Algérie (1954-1979).

Le sujet de thèse d’Élise Franklin

L’histoire de la France en Algérie est maintenant assez bien connue, surtout depuis le cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’indépendance algérienne (1954-1962), en 2012. Ma thèse, « La vie associative, l’aide sociale et la décolonisation en France et en Algérie », tente de bouleverser le récit traditionnel de cette époque. J’ai focalisé mon étude sur la longue histoire de la décolonisation (1954-1973) pour comprendre comment les liens entre l’Algérie et la France n’ont pas été brusquement coupés, contrairement à ce qu’affirment plusieurs historiens. L’ancienne colonie – ses migrants et sa main-d’œuvre – a contribué à la construction d’un État-Providence moderne en France. Après la décolonisation, ces mêmes migrants, et parfois leurs familles, ont continué à concourir à l’expansion de l’aide sociale en France selon un système créé pendant les années coloniales. J’ai étudié les actions et les discours des associations d’aide sociale et des associations féminines pour montrer comment leur aide a suivi un parcours similaire après la décolonisation jusqu’à la fin des trente glorieuses.

Consultations de fonds au Centre des Archives du Féminisme

Au CAF, j’ai consulté le fonds d’archives de l’Union Féminine Civique et Sociale (UFCS) et celui du Conseil National des Femmes Françaises (CNFF). Ces deux associations ont été actives en Algérie pendant la guerre. L’UFCS a offert de l’aide matérielle, des cours d’alphabétisation et des cours de puériculture et d’hygiène. Les actions de cette association, animée par le catholicisme social, n’étaient pas liées étroitement au gouvernement français et à sa mission « pacificatrice ». Dans ce fonds, j’ai trouvé des documents de l’UFCS critiquant les actions des Sections Administratives Spécialisées de l’armée française, chargées de la pacification dans les zones rurales, alors que les SAS attendaient l’aide de l’UFCS. L’action de l’UFCS en Algérie a été limitée, mais néanmoins importante.

J’avais déjà consulté le bulletin trimestriel du Conseil National des Femmes Françaises à la Bibliothèque Marguerite Durand à Paris, mais j’ai été heureuse de trouver un fonds aussi important que celui conservé au Centre des Archives du Féminisme. Dans le fonds CNFF, je me suis concentrée sur la Commission Migrations. Le siège du CNFF était à Paris, il n’avait pas de siège en Algérie comme l’UFCS. Le CNFF a donc beaucoup suivi les problèmes de migration en France, et surtout la migration des Algériens. Sa présidente durant cette période, Marie-Hélène Lefaucheux, était une femme politique très importante. Pendant dix ans, elle a représenté la France métropolitaine à l’Assemblée de l’Union Française. Elle s’intéressait surtout à la condition des femmes dans le monde et était membre de la délégation française aux Nations Unies. Pendant la guerre d’Algérie, elle s’est passionnée pour la réforme du statut de la femme « musulmane » et est devenue conseillère technique de Nafissa Sid Cara, Secrétaire d’État auprès du Premier Ministre, Michel Debré, chargée des affaires sociales algériennes. Le fonds du CNFF au Centre des Archives du Féminisme m’a aidée à comprendre le point de vue de cette association sur la guerre d’Algérie.

Mon séjour, court mais instructif au Centre des Archives du Féminisme, m’a permis de concrétiser plusieurs aspects de mon projet et m’a surtout aidée à expliquer le rapport entre la décolonisation et l’aide sociale dans l’optique de la vie associative.

 
Élise Franklin, Ph.D. Candidate, History, Boston College, Pensionnaire étrangère, 2013-2014, École Normale Supérieure.
franklie@bc.edu
Extrait du Bulletin Archives du féminisme, n° 22, décembre 2014.