Mémoire : Lucy Halliday, Les coiffures : enjeux féministes ? (1970-1980)

Par Lucy Halliday.

Lucy Halliday, Les coiffures : enjeux féministes ? (1970-1980), mémoire de Master 1 Histoire, sous la direction de Christine Bard, Université d’Angers, 2015.

Quels sont les enjeux féministes des coiffures dans les années 1970/1980 ? À la croisée des chemins de l’histoire des féminismes, de l’histoire des femmes et des études de genre, cette recherche d’histoire sociale tente d’apporter des réponses. Si elle n’est pas le premier vecteur des combats féministes, la coiffure est un marqueur d’émancipation et de libération. La chevelure féminine est entourée de tout un symbolisme nourri par les religions. Les cheveux se trouvent en plein cœur de rapports de pouvoir entre les sexes. À travers les photos et articles récoltés dans F magazine (France, 1978-1981), Ms. (États-Unis, 1972- ) et Emma (Allemagne, 1977- ), trois magazines issus des féminismes de la deuxième vague, ce mémoire tente de saisir les enjeux féministes, politiques et sociaux autour des coiffures.

Deux points de vue sont privilégiés. D’une part, l’accent est mis sur les stratégies éditoriales des rédactrices de ces magazines : quelles sont les réalités capillaires qui se cachent derrière les termes d’« émancipation », « libération » ou « pouvoir » à la une des magazines ? Certains modèles de femmes y sont montrés, telles que les femmes politiques ou les femmes à forte visibilité médiatique ou intellectuelle. D’autre part, l’aspect revendicatif est étudié en lui-même. Du fait de la diversité des féminismes de la deuxième vague, les revendications par la coiffure varient selon les mouvances et les contextes. Que l’on se place dans la perspective égalitariste beauvoirienne ou dans celle du différencialisme, la signification des coiffures change radicalement. Ce sont les codes de féminité et de beauté imposés par une société hétéronormée qui sont ainsi en jeu. Car être féministe ne signifie pas rejeter entièrement les critères de mode en matière de coiffure. Ces critères tantôt déconstruits et tantôt reconstruits par les féministes font des coiffures les témoins de ces changements. On redécouvre ainsi des coiffures emblématiques, symboles de lutte, telles la coupe afro ou la coupe courte. Il est également intéressant d’étudier, sur les couvertures des magazines, la façon dont les femmes sont mises en scène pour dénoncer ou critiquer un modèle de société. Cette mise en scène passe par la posture, les vêtements et la coiffure. Il n’est donc pas surprenant de voir, sur une première de couverture du magazine Emma, une Vierge Marie séductrice aux cheveux courts, bouclés et ondoyants. De quoi hérisser les poils et les cheveux de certains !