Nous avons lu : Bernard Lachaise, Manon Cormier. Une Bordelaise en résistances (1896-1945)

Par Corinne Bouchoux.

Bernard Lachaise, Manon Cormier. Une Bordelaise en résistances (1896-1945)Bordeaux, Confluences, 2016, 214 pages.

Y a-t-il encore, au XXIe siècle, des pionnières, féministes et résistantes, déportées restées sans postérité ? Assurément, et Manon Cormier (1896-1945) est de celles-là.

Dans une biographie aussi minutieuse que bien menée, écrite d’une plume haletante, Bernard Lachaise, professeur émérite d’histoire contemporaine à l’Université Bordeaux Montaigne 2, nous éclaire sur le destin d’une Bordelaise. La ville qui la vit grandir a su honorer l’enfant de la petite bourgeoisie protestante et républicaine, qui accéda comme une infime minorité de femmes de sa génération au baccalauréat puis au doctorat de droit (elle fut la première inscrite en thèse à Bordeaux). À la fois brillante et modeste, Manon Cormier devient en 1917 stagiaire au Barreau. Elle appartient à la petite minorité (1,1 %) des premières avocates (60 femmes sur 6100). Sa thèse de 124 pages (le format d’alors) portant sur du droit économique et bancaire, est soutenue à 36 ans, en 1932. Mais ce sont les plus pauvres qu’elle défend au quotidien comme avocate. Sa vie privée reste assez mystérieuse ; n’apparaissent que sa vie professionnelle intense et ses engagements pour la cause des femmes : œuvres de bienfaisance, engagement au service de la Pologne, écriture d’ouvrages, d’articles dans Le Droit des femmes, la revue de la Ligue française pour le droit des femmes. Son dernier texte est une biographie de Juliette Adam.

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Manon Cormier « monte »  à la capitale, où une nouvelle vie commence, entre nouveau métier et engagement dans la Résistance. Arrêtée, déportée à Ravensbrück puis à Mauthausen, elle revient des camps très affaiblie et raconte à sa sœur Juliette l’enfer dont elle réchappa. « Rapatriée vivante mais épuisée » fait-elle télégraphier. Elle meurt le 25 mai 1945, avant ses cinquante ans. Son témoignage sera publié et pendant les fêtes de la victoire, alors que Manon Cormier est hospitalisée, intransportable, à Paris, sa famille expose devant son habitation ses « défroques de bagne que beaucoup de curieux allaient examiner ».

D’émouvantes obsèques rendent hommage à « Manon Cormier membre des FTPF, victime de la barbarie nazie ». En juillet 1949, le nom de Manon Cormier est inscrit, avec d’autres, sur le mur du Panthéon, dans la liste des « écrivains français morts à la guerre ou en déportation entre 1939 et 1945 ». Elle y est une des 159 « morts pour la France ». Son nom sera donné à une rue et un collège de Bordeaux. On ne peut que recommander la lecture de cet ouvrage passionnant, pédagogique, documenté, bien illustré et facile à lire qui arrache à l’oubli cette femme au courage exemplaire.