In Memoriam-Rachel Bled, l’artiste de CIBEL

Par Evelyne Rochedereux.

In Memoriam

Rachel Bled, l’artiste de CIBEL

Rachel Bled est décédée le 22 août 2016, elle avait eu 59 ans en janvier. Lesbienne et féministe, elle milite dans l’association Femmes entre elles – FEE de Rennes. En 1998, elle rejoint le Réseau Femmes d’Ile-de-France puis crée en 1999, avec Evelyne Rochedereux et Anne-Marie Thuriet,  CIBEL (la Compagnie des Insoumises, Baladines, Enthousiastes et Lesbiennes), association féministe et lesbienne qui a la volonté, entre autres, de mener des réflexions et des actions d’ordre politique, économique et social.

Rachel Bled est une artiste ; sa créativité est une richesse pour la vie de l’association : création du logo, illustration du bulletin L’échappée Cibel, organisation de week-ends ludiques, pédagogiques, artistiques ; articles et poèmes ; chansons, décors et costumes de théâtre ; caricatures…

Née à Tréboul dans le pays de Douarnenez, au sein d’une famille modeste de six enfants dont elle est la seule fille, il lui faudra beaucoup de caractère pour s’imposer dans la fratrie. Et du caractère elle en a ! Pour aider sa famille et comme ses frères, elle multiplie les petits boulots pendant les vacances scolaires. Voici les paroles d’une de ses chansons « Mes groles » : « J’ai traîné mes groles par tous les métiers / De la boulangerie jusqu’au poissonnier / J’ai usé ma bosse à garder les mioches / J’ai vidé les chiottes et goûté du balai ! »

Son baccalauréat en poche, elle quitte Douarnenez et monte à Paris, puis elle s’installe en Savoie où elle trouve un emploi en usine. Continuons à l’écouter : « Comme tout un chacun j’ai connu l’usine / L’usine à machin avec ses machines / Où à vous rendre dingue j’ai fait des boulons »… Elle travaille effectivement à l’usinage de pièces métalliques. Elle étudie, seule, pour accéder au statut de technicienne et en 1997 revient en Bretagne, à Fougères, où elle est embauchée dans une usine fabriquant des roulements à billes pour l’industrie automobile. Toute sa vie Rachel a revendiqué son statut de prolétaire.

Le fonds culturel de la famille était riche. Un grand-père avait été peintre amateur ; le père résistant et photographe ; la mère avait étudié les mathématiques au-delà du baccalauréat. Nul doute que Rachel avait hérité de dons remarquables. Elle était une artiste aux multiples facettes : compositrice, guitariste et interprète de ses chansons. Elle avait formé un groupe de musiciens qui l’accompagnaient au cours de ses nombreux concerts. Elle était aussi dessinatrice et peintre. Son inspiration ? D’abord la Bretagne, qu’elle chante : « sa voix prenait aux tripes quand elle chantait des chansons de marins, jusque-là réservées aux hommes » a dit très justement l’un de ses frères au cours de la cérémonie des funérailles. La Bretagne dont elle peint la mer, les ports, les bateaux. Son autre source d’inspiration : les lieux féministes, les femmes, ses amours. Chansons poétiques souvent empreintes de mélancolie mais non dénuées d’humour pour autant. Le 8 mars 2005, elle avait été invitée à interpréter ses chansons à la mairie de Paris devant un public enthousiaste.

En 2003, un cancer du sein très sévère la touche ; elle se relève mais est rattrapée en 2015. Le fonds d’archives de CIBEL sera déposé au Centre des Archives du Féminisme et permettra de découvrir la richesse de la créativité de Rachel Bled.