Bibliothèque Marguerite Durand : présentation

Marguerite Durand

Les collections de la Bibliothèque Marguerite Durand (Paris)

Par Annie Metz

En 1931, la Ville de Paris acceptait le don des collections réunies par Marguerite Durand depuis 1897, date de la fondation de son journal La Fronde et créait ainsi la première bibliothèque officielle de documentation féministe. Cette bibliothèque fut accueillie à la Mairie du 5° arrondissement, Place du Panthéon, où elle développa son activité pendant plus d’un demi-siècle. Mais des locaux trop exigus nécessitèrent son transfert ; depuis 1989, la bibliothèque est installée dans le 13° arrondissement, dans un édifice moderne qui abrite également la Médiathèque Jean-Pierre Melville.

La bibliothèque est consacrée à la cause des femmes, à leur condition au cours des siècles, à leur rôle dans la société et dans la famille, à leur travail, à leurs oeuvres littéraires et artistiques, et à leurs diverses activités. En 1997, les collections comptent :

-  Plus de 40 000 livres et brochures français et étrangers depuis le 17° siècle traitant des sujets les plus variés : féminisme (histoire, doctrine, congrès, colloques, biographies de militantes,…), mais aussi législation (mariage, divorce, garde des enfants, avortement, prostitution), religion, beaux-arts, sciences, oeuvres sociales, vies de femmes célèbres… La bibliothèque conserve des thèses soutenues par des femmes ou sur les femmes depuis le 19° siècle, ainsi que de très nombreuses oeuvres littéraires écrites par des femmes :romans, poésie, pièces de théâtre, journaux intimes, mémoires, correspondances et livres pour la jeunesse.

-  1100 titres de périodiques féminins et féministes, essentiellement de la deuxième moitié du 19° siècle et du 20° siècle ; ces collections sont précieuses, depuis La Femme libre des saint-simoniennes (1833), La Voix des femmes d’Eugénie Niboyet (1848) jusqu’aux actuels Cahiers du féminisme, Nouvelles Questions féministes ou Feminist Review… La bibliothèque est abonnée à environ 120 titres, dont les deux tiers sont des titres étrangers (Royaume-Uni, Etats-Unis, Australie, Allemagne, Italie, Espagne, Portugal, Pays-Bas, etc.). Une grande partie de ces titres, en particulier les périodiques de recherche, fait l’objet d’un dépouillement régulier depuis 1967.

-  plus de 5000 dossiers classés par personnalité ou par thème contenant des coupures de presse (depuis 1880), des notices biographiques, des portraits, des programmes, des statuts d’associations, des cartons d’invitation, des tracts…

-  plus de 4000 lettres autographes de femmes écrivains, artistes, scientifiques, voyageuses, féministes, femmes politiques, journalistes ; on peut citer parmi les plus célèbres Madame de Staël, Colette, Louise Michel, Alexandra David-Neel…

-  plus de 300 manuscrits, « documentaires » et « fiction » : romans, poésie, théâtre (Maria Deraismes, Suzanne Voilquin, Hélène Brion etc.).

-  un fonds iconographique constitué de 3500 cartes postales, anciennes et modernes, près de 4000 photographies des 19° et 20° siècles, parmi lesquelles de nombreux portraits de féministes, d’actrices, d’artistes, de journalistes, contemporaines de Marguerite Durand, plus de 1000 affiches dont la plus ancienne est un placard d’Olympe de Gouges (1792).

-  30 fonds spéciaux d’archives de particuliers et d’associations : fonds Jane Misme, Andrée Lehmann, Nelly Roussel, Cécile de Corlieu, archives de l’Association « Documentation Femmes », des revues Histoire d’elles et Pénélope, etc. La bibliothèque possède aussi des tableaux, des gravures, divers objets d’art : la très belle affiche de Clémentine-Hélène Dufau pour La Fronde, le portrait de Mademoiselle de Scudéry, celui de Marguerite Durand par Jules Cayron, des sculptures (bustes de Marguerite Durand, de Louise Michel, de Nelly Roussel, de Sophie Germain) et des objets personnels de Marguerite Durand et de son amie la journaliste Séverine.

La bibliothèque s’enrichit chaque année en achetant la totalité de la production éditoriale française sur le sujet, de nombreux ouvrages étrangers, des livres anciens, de la « littérature grise », des documents iconographiques, et en s’abonnant à de nouveaux périodiques. Elle reçoit régulièrement des dons (manuscrits, thèses, périodiques, fonds d’archives).

La bibliothèque est en relation avec de nombreux centres de documentation et bibliothèques en France et à l’étranger. Elle participe à des colloques et conférences, présente occasionnellement de petites expositions permettant de découvrir la richesse des collections, propose des rencontres et des débats. Des visites de la bibliothèque pour des groupes de professionnels de l’information, des chercheurs et des étudiants sont organisées.

Coordonnées et heures d’ouverture

Bibliothèque Marguerite Durand
79, rue Nationale – 75013 Paris (France)
Tél. : (33) 01 53 82 76 77
Fax : (33) 01 44 24 86 73
Catalogue en ligne : http://bibliotheques-specialisees.paris.fr
Mail : Annie Metz >> écrire

Métro : Olympiades
Bus : 62 et 83

(Ouverture du mardi au samedi de 14h à18h. Fermeture annuelle : se renseigner. Inscription gratuite sur présentation d’une pièce d’identité et d’une photographie.)

Marguerite Durand (1864-1936)

Née le 24 janvier 1864 dans une famille de la bourgeoisie, Marguerite Durand, après des études au Couvent des Dames Trinitaires, entre au Conservatoire, puis à la Comédie Française, où elle interprète avec succès des rôles d’ingénue. En 1888, elle abandonne le théâtre et épouse le jeune et brillant député et avocat Georges Laguerre, fervent partisan du Général Boulanger. Marguerite Durand, que l’on surnomma « la muse du boulangisme » fait ses premières armes de journaliste à La Presse que dirige son mari.

En 1891, elle se sépare de lui et entre au Figaro, où elle crée la rubrique « Courrier ». Son journal l’envoie au Congrès Féministe International de 1896 pour écrire un article humoristique… qu’elle n’écrira jamais : enthousiasmée par les femmes qu’elle entend et par la justesse de leurs revendications, elle décide de créer un quotidien qui serait leur tribune.

Ainsi naît La Fronde, qui de 1897 à 1905, fut entièrement rédigée, composée, administrée et dirigée par des femmes. Séverine, Marcelle Tinayre, Pauline Kergomard, Lucie Delarue-Mardrus, Andrée Viollis, Clémence Royer et des dizaines d’autres, inconnues aujourd’hui, mirent leur talent au service de la cause des femmes dans ce journal qui se voulait un grand quotidien d’information générale.

Les campagnes de La Fronde obtinrent pour les femmes quelques nouveautés : possibilité d’être admise à l’Ecole des Beaux-Arts, d’assister aux débats parlementaires, de recevoir la Légion d’Honneur, d’accéder au Barreau, etc.

Marguerite Durand continue sa carrière de journaliste en créant L’Action (1905) puis Les Nouvelles (1909). En 1907, elle organise un congrès pour la création d’un Office du Travail Féminin. En 1910, elle lance l’idée d’organiser des candidatures féminines aux élections législatives et se présente dans le 9° arrondissement ; en 1927, elle posera sa candidature aux élections municipales au sein du parti républicain-socialiste. Sa vie durant, elle s’intéressera au sort des employées et des ouvrières, créera plusieurs syndicats, dont celui des femmes typographes.

Il faut encore citer à son actif l’organisation du Congrès des Droits des Femmes lors de l’Exposition Universelle de 1900, celle d’une exposition sur les femmes célèbres du 19° siècle en 1922, la création du cimetière zoologique d’Asnières en 1899, et celle de la résidence d’été des femmes journalistes à Pierrefonds, dans l’ancienne maison de son amie, la grande journaliste Séverine.

Généreuse, passionnée, ambitieuse, belle et d’une grande élégance, Marguerite Durand eut une vie rayonnante. Grande figure du féminisme de son temps, elle eut toujours le souci de collecter et de conserver documents et archives relatifs à l’histoire des femmes et à leur rôle dans la société et tous les domaines d’activité.

En 1931, elle fait don à la ville de Paris de l’ensemble de ses collections, créant ainsi la première bibliothèque féministe française officielle. Elle en fut la directrice jusqu’à sa mort, le 16 mars 1936, à l’âge de 72 ans.

Bibliographie

CHAIGNAUD, François. L’Affaire Berger-Levrault : le féminisme à l’épreuve (1897-1905). Rennes, PUR, 2009.

COQUART, Elisabeth. La Frondeuse. Marguerite Durand, patronne de presse et féministe. Paris, Payot, 2010.

DIZIER-METZ, Annie. La Bibliothèque Marguerite Durand : histoire d’une femme, mémoire des femmes. Paris : Mairie de Paris-Agence Culturelle de Paris, 1992.

GOLIBER, Sue Helder. The life and times of Marguerite Durand. Thèse PHD, Kent State University, 1975.

HARLOR. Interview de Marguerite Durand. Paris, 1935 (Tapuscrit, 4 pages).

HUAS, Jeanine. Sur les traces du tigre : roman. Paris : Lachuré, 1987.

LABRIOLE, Marie-Rose de Marguerite Durand. Paris, 1968 (Manuscrit).

LAGUERRE, Odette. Correspondance avec Marguerite Durand (Manuscrit).

LAJUGIE DE LA RENAUDIE, Odette. Lettres et notes manuscrites relatives à Marguerite Durand.

LASNE, Laurent. L’île aux chiens : le cimetière des chiens, Asnières, 1899, naissance et histoire. Bois-Colombes : A.Val-Arno, 1988.

MERMEIX. Les coulisses du boulangisme. Paris : L.Cerf, 1890.

MOREY, Micheline. Hommage à Marguerite Durand, féministe française. Conférence donnée au thé féministe de la Ligue du Droit des Femmes à Bordeaux le 28 mars 1936 (Tapuscrit, 27 pages).

Photos Femmes Féminisme 1860-2010. La collection de la Bibliothèque Marguerite Durand , sous la direction d’Annie Metz et Florence Rochefort. – Ed. Paris bibliothèques , 2010.

RABAUD, Jean. Marguerite Durand (1864-1936) : « La Fronde » féministe ou « Le Temps » en jupons ; préf. de Madeleine Rebérioux. Paris : L’Harmattan, 1996.